Bien-Être : De quoi parle-t-on exactement ?
Épisode 1 : Des racines philosophiques aux défis contemporains
Le bien-être est un concept aux multiples facettes qui mérite d'être exploré. Utilisé aujourd’hui en psychologie, et dans les domaines de la santé ou de l’environnement, il trouve ses racines dans la philosophie de la Grèce antique. Deux grandes traditions philosophiques le caractérisent : l'hédonisme (recherche de plaisir) et l'eudémonisme (recherche du bonheur). Par ailleurs des institutions internationales, telles que l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce sont depuis de nombreuses années saisi du sujet soulignant l'importance du « bien-être » en lien avec les préoccupations actuelles de santé publique et de développement durable.
Une des définitions du bien-être au sens des philosophes peut-être la maximisation du plaisir et la minimisation de la douleur. Il s’agit ici de la tradition hédonique pondérée par les Épicuriens qui perçoivent les plaisirs, naturels et nécessaires, comme intermédiaires à l’atteinte du bonheur. L’approche eudémonique (eudaimonia ou béatitude) , inspirée de la philosophie d’Aristote, met l’accent sur l’épanouissement personnel. Elle implique de se connaître soi-même et de réaliser son potentiel en développant ses talents uniques pour devenir pleinement ce que l’on est.
Ces deux doctrines distinguées dans les recherches, se chevauchent largement dans la littérature ainsi que dans les nombreux débats autour du Bien-être. Dans une perspective contemporaine, la vision épicurienne du bien-être est plutôt prédominante et souvent divisée en deux dimensions psychologiques :
- Une composante émotionnelle, liée à l'équilibre affectif.
- Une composante évaluative, basée sur la satisfaction globale de la vie et dans des domaines spécifiques comme le travail et la famille.
Ces deux dimensions forment le bien-être subjectif. Sur ce point les travaux des psychologues et chercheurs Daniel Kahneman, Ed Diener et Norbert Schwartz apportent des éclairages et une compréhension des aspects émotionnels du bien-être, notamment à travers l’étude du bien-être expérientiel (ce que les gens vivent et ressentent) par opposition au bien-être évaluatif (comment ils jugent leur vie globalement).
Le concept de bien être s’étend également à des aspects économiques confirmés, entre-autres, par les efforts de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour promouvoir le bien-être à travers le récent Programme de développement durable à l'horizon 2030 et ses 17 objectifs de développement durable (ODD)*. Ces objectifs visent à promouvoir la santé globale en tant que pilier fondamental du bien-être, en abordant des questions telles que la réduction des inégalités, l'amélioration des conditions de vie et la durabilité environnementale. La promotion de la santé est bien au cœur de cette stratégie, et rappelons que dès sa constitution en 1946 l'OMS définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité »**. La santé ainsi prise en compte dans sa globalité est associée à la notion de bien-être , une approche holistique dont le déploiement reste perfectible.
Ainsi, la notion de bien-être s'est considérablement élargie, passant de conceptions philosophiques anciennes à un enjeu mondial contemporain, essentiel pour le développement durable et la santé des populations à l’échelle planétaire.
Et vous ? Quelle est votre définition du bien-être ?
* En 2015, tous les pays membres des Nations Unies ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030 → Rapport sur les objectifs de développement durable, Nations Unies, 2022 : « Atteindre le bien-être - Un cadre mondial destiné à intégrer le bien-être à la santé publique au moyen d’une approche axée sur la promotion de la santé »
** Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) , tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 États. 1946 (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, n° 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948
Sources
Site internet de l’OMS:
Promotion de la santé et du bien-être (who.int)
WHO Global Framewrk on well-being and health promotion
Objectifs de développement durable (who.int)
Sites internet de recherche
Alan S. Waterman, Professeur émérite, Département de psychologie, Collège du New Jersey : Alan S. Waterman - Google Scholar
Barbara Bonnefoy, Maître de conférences en psychologie sociale à l’Université de Nanterre, auteure du chap.10. de l’ouvrage collectif « Psychologie environnementale, 100 notions clés » - Editions Dunod – 2022 : Bienvenue | Cairn.info